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Quelle allure ! Armure de laine et bas de pacotille. J'entasse les pulls et les couvertures sur mes vieux os qui se déchaussent. Je ressemble à une vieille déglinguée, épuisée, frigorifiée ! Je sature et je m'autocensure. 

-Vas-y, ferme les volets, je ne veux plus voir ces gredins qui n'ont rien de mieux à foutre que de mater ce que je fais ! En passant, éteins cette radio qui gerbe de la merde à longueur de journée ! Du silence, je veux du silence et des rêves plein la tête. 
Tracer des lignes imaginaires qui me conduisent vers l'infini. Voyager en solitaire et m'embarquer sur les flots de la mer dessinés à l'encre de mes chimères.

-Vas-y, ferme les volets, je ne veux plus entendre le moteur des poids lourds qui vont ravitailler le Grand Manitou de ces vauriens affamés! Et toi, passant, emprunte d'autres trottoirs, va respirer l'air pur des bois ! Ne vois-tu pas que le mien est déjà bien assez sali par le Mac à dames qui crache sur la pureté des terres fertiles ? Du silence, je veux du silence et des rêves plein la tête. Il n'a pas compris l'ouvrier. Je vais lui faire bouffer sa scie qui massacre les murs d'antan et mon système nerveux par la même occasion. 

Où en étais-je avec mes rêves ? 
Ils sont si nombreux. Ce sont des chevaux d'un autre monde qui galopent entre l'hypophyse et l’hypothalamus. Mon cerveau, c'est un hippodrome pour eux. 
Inutile d'y ajouter des obstacles de citadins "bobotisés". 
Libres, insoucieux et fabuleux, laissez-les vagabonder dans le long champ de courses folles. Peurs et frustrations sont emportées au vol et se réfugient sous leur crinière d'argent. 
Saleté de réalité qui ne veut pas disparaître ! J'aimerais devenir le cavalier sans tête et ne plus me soucier de ce poids que portent mes épaules. 

Laisse-moi sombrer dans les profondeurs de ma solitude qui m'abîme. Je préfère être emportée par la houle que par la foule. 
Tracer des lignes imaginaires qui me conduisent vers l'infini. Voyager en solitaire et m'embarquer sur les flots de la mer dessinés à l'encre de mes chimères. 
Fermer les yeux, me taire et faire le tour de ma Terre.
 
                                             Roxanne Du Lac